Ce qu’il faut retenir
- L’indemnité de grand déplacement compense, en métropole, les dépenses supplémentaires de repas, de logement et de petit-déjeuner du salarié en déplacement professionnel qui ne peut pas regagner chaque jour sa résidence. Selon l’arrêté du 4 septembre 2025, article 5, le salarié est présumé empêché de regagner sa résidence quand la distance entre sa résidence et le lieu de déplacement est « au moins égale à 50 kilomètres (trajet aller ou retour) » et que les transports en commun ne permettent pas de la parcourir « dans un temps inférieur à 1 h 30 (trajet aller ou retour) ».
- En 2026, selon l’Urssaf, les limites d’exonération sont de 21,40 € par repas, et pour le logement et le petit-déjeuner de 76,60 € par jour à Paris et dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, de 56,80 € par jour dans les autres départements de métropole, pour les trois premiers mois.
- Selon l’Urssaf, ces montants sont réduits de 15 % à compter du premier jour du 4e mois, puis de 30 % à compter du premier jour du 25e mois ; l’arrêté du 4 septembre 2025 apprécie cette durée sur un même lieu de travail et exclut la déduction au-delà du soixantième mois.
- L’employeur choisit entre le remboursement des dépenses réelles, sur justificatifs, et une allocation forfaitaire : dans les limites, l’Urssaf n’exige aucun justificatif des dépenses, l’employeur devant démontrer leur caractère professionnel.
Votre entreprise envoie un technicien six mois sur le site d’un client, loin de chez lui. Il passera quatre jours par semaine sur place et y dormira chacun de ces soirs. Le service paie doit décider ce qu’il lui verse pour ses repas et ses nuits, et sous quelle forme : un forfait par jour, ou le remboursement de ses factures.
L’indemnité de grand déplacement répond à cette situation, avec des montants revalorisés chaque année. La question est de savoir ce que l’entreprise peut verser sans cotisations sociales, et jusqu’à quand.
Le grand déplacement : la présomption des 50 km et d’1 h 30
Le texte de référence est l’arrêté du 4 septembre 2025 relatif aux frais professionnels, article 5, en vigueur depuis le 7 septembre 2025. Il vise le salarié « en déplacement professionnel et empêché de regagner chaque jour sa résidence habituelle », et fixe deux critères :
« Le travailleur salarié ou assimilé est présumé empêché de regagner sa résidence lorsque la distance séparant le lieu de résidence du lieu de déplacement est au moins égale à 50 kilomètres (trajet aller ou retour) et que les transports en commun ne permettent pas de parcourir cette distance dans un temps inférieur à 1 h 30 (trajet aller ou retour). »
Les deux critères se cumulent.
C’est une présomption. L’article 5 ajoute : « Toutefois, lorsque le travailleur salarié ou assimilé est empêché de regagner son domicile en fin de journée pour des circonstances de fait, il est considéré comme étant dans la situation de grand déplacement prévue au présent article. »
Le Bulletin officiel de la sécurité sociale (BOSS), le site public présentant la doctrine de l’administration applicable en matière de cotisations et de contributions sociales, rappelle que les dépenses doivent « être rendues nécessaires par l’accomplissement de la mission imposée par l’employeur et ne pas résulter d’un choix personnel ». Il écarte aussi, entre autres :
- le salarié qui s’éloigne de son lieu de travail « pour suivre son conjoint recruté dans une autre entreprise » ;
- les « salariés embauchés de manière ponctuelle pour réaliser une mission dans une localité éloignée de leur domicile ».
Selon l’Urssaf, l’indemnité forfaitaire couvre « les frais de nourriture et de logement engagés par votre salarié lors de ses déplacements en métropole ».
Indemnité de grand déplacement 2026 : les montants
Les montants de l’arrêté sont revalorisés « chaque année au 1er janvier » (article 10 de l’arrêté). Dans le tableau ci-dessous, la colonne Repas donne la limite par repas, les deux dernières colonnes la limite par jour pour le logement et le petit-déjeuner.
| Durée sur un même lieu de travail | Repas | Paris, 92, 93, 94 | Reste de la métropole |
|---|---|---|---|
| Pour les trois premiers mois | 21,40 € | 76,60 € | 56,80 € |
| Au-delà du 3e mois et jusqu’au 24e mois | 18,20 € | 65,10 € | 48,30 € |
| Au-delà du 24e mois et jusqu’au 60e mois | 15,00 € | 53,60 € | 39,80 € |
Montants 2026 d’après l’Urssaf ; bornes de durée d’après l’arrêté du 4 septembre 2025, article 5.
Le BOSS autorise l’employeur à déduire ces indemnités « par repas » pour les repas, « par jour » pour le logement et le petit-déjeuner. Ce sont des limites d’exonération, pas des montants dus.
Le tarif parisien ne s’étend pas : selon le BOSS, il « ne peut être octroyé pour d’autres grandes villes ou d’autres départements ».
La durée. Selon l’Urssaf, les montants de la première ligne valent « pour une durée de déplacement de 3 mois continue ou discontinue en métropole ». Ensuite, ils sont réduits de 15 % à compter du premier jour du 4e mois, puis de 30 % à compter du premier jour du 25e mois. L’arrêté, article 5, lie cette prolongation à l’affectation « au-delà de trois mois sur un même lieu de travail de façon continue ou discontinue ». Le même article fixe la fin : « L’employeur ne peut bénéficier de la déduction pour les périodes d’affectation au-delà du soixantième mois. » L’Urssaf et le BOSS indiquent une limite de six ans ; l’arrêté en vigueur, lui, s’arrête au soixantième mois.
Exemple chiffré : six mois de mission à Lyon
Un salarié est envoyé six mois sur un même site à Lyon. Il y passe quatre jours par semaine, avec une nuit sur place chacun de ces jours. On suppose remplies les deux conditions de la présomption. Lyon relève de la colonne des autres départements.
| Période | Limite logement et petit-déjeuner par jour | Limite par semaine (4 jours) | Limite par repas |
|---|---|---|---|
| Mois 1 à 3 | 56,80 € | 4 × 56,80 € = 227,20 € | 21,40 € |
| Mois 4 à 6 | 48,30 € | 4 × 48,30 € = 193,20 € | 18,20 € |
Le passage de 56,80 € à 48,30 € est la réduction de 15 % appliquée à compter du premier jour du 4e mois, le résultat étant arrondi « à la dizaine de centimes d’euro la plus proche » (arrêté, article 5). Les repas se calculent à part, par repas.
Forfait ou frais réels : ce que l’employeur doit justifier
L’article 2 de l’arrêté du 4 septembre 2025 offre deux voies. La première est le remboursement des dépenses réellement engagées, et dans ce cas « l’employeur est tenu de produire les justificatifs afférents ». La seconde est l’allocation forfaitaire, déductible dans les limites de l’arrêté, sous réserve de son utilisation conforme à son objet.
Au réel, l’Urssaf exonère le remboursement si l’employeur peut « prouver que votre salarié est contraint d’engager ces frais supplémentaires dans le cadre de son travail » et « produire les justificatifs de ces frais ». Il n’y a alors pas de limite d’exonération.
Au forfait, dans les limites du tableau, l’Urssaf écrit qu’« aucun justificatif de ces dépenses n’est nécessaire, vous devez seulement démontrer que les dépenses ont un caractère professionnel ». Pour le grand déplacement, le BOSS pose deux conditions, dont la seconde porte sur la situation du salarié : « Les allocations forfaitaires perçues sont réputées être utilisées conformément à leur objet et couvrir des frais professionnels si : elles ne dépassent pas les limites fixées par l’arrêté, et que l’employeur justifie que le salarié ne peut regagner chaque jour sa résidence et que, de ce fait, il engage des frais de double résidence. »
Au-dessus des limites, le BOSS ajoute : « Lorsque les allocations forfaitaires perçues dépassent les limites fixées par l’arrêté, l’employeur doit en outre justifier de la réalité des dépenses engagées. » Parmi les pièces qu’il cite, liste qu’il dit non limitative, figure la quittance de loyer.
Le logement en grand déplacement
Pour le logement, la limite forfaitaire est fixée par jour et couvre, dans le tableau de l’Urssaf, le « logement et petit déjeuner ».
L’employeur peut aussi fournir lui-même le logement. Le BOSS en traite à part : « Lorsque les circonstances de fait établissent la réalité de la situation de grand déplacement, la mise à disposition par l’employeur d’un hébergement dont il assure les frais de location et les frais annexes comme l’électricité peut être considérée comme représentative de frais professionnels, aucun avantage en nature n’étant dans ce cas à réintégrer dans l’assiette des cotisations et contributions sociales. »
Le BOSS ajoute que, dans cette hypothèse, « le remboursement des frais de petit déjeuner peut être assuré sur la base des frais réellement engagés ».
Louer à jours fixes pour une mission qui revient chaque semaine
Un salarié qui passe chaque semaine deux nuits fixes sur un site éloigné de chez lui peut louer à jours fixes, en son nom, sous un bail à jours définis, régi par les articles 1714 et suivants du Code civil. Les jours sont fixés pour toute la durée du bail, de trois mois au moins, et le salarié a son propre contrat.
Sur le barème d’exemple hors Paris, deux nuits fixes par semaine reviennent à 476 € par mois. Notre comparatif du coût du logement d’un salarié en mission met ce coût en regard de l’hôtel, du meublé touristique et de la location au mois.
Côté propriétaire : des nuits louées chaque semaine
Pour un propriétaire, un salarié qui revient sur le même site chaque semaine, ce sont des nuits louées de façon régulière, aux mêmes jours. Le dossier propriétaires explique comment louer une résidence secondaire sur ce rythme.
Ne confondez pas : grand déplacement et changement de lieu de travail
Le grand déplacement suppose, selon l’Urssaf, que le salarié soit en situation de déplacement : « son lieu de mission est différent de son lieu de travail habituel. Il ne peut pas revenir à son domicile chaque jour ». Le salarié dont le lieu de travail lui-même change est le sujet de notre article sur la mobilité géographique des salariés.
Points à vérifier avant de verser l’indemnité
- La distance et le temps de trajet, aller ou retour, entre la résidence du salarié et le lieu de mission ; à défaut, les circonstances de fait qui l’empêchent de rentrer le soir.
- Le département du lieu de mission, qui fixe la colonne du barème.
- La date d’affectation sur le même lieu de travail, qui fixe le premier jour du 4e mois, celui du 25e mois et la fin du soixantième mois.
- Le mode choisi : allocation forfaitaire dans les limites, ou remboursement des dépenses réelles avec leurs justificatifs.
Questions fréquentes sur l’indemnité de grand déplacement
Quels sont les montants de l’indemnité de grand déplacement en 2026 ?
Selon l’Urssaf, les limites d’exonération 2026 sont de 21,40 € par repas, et pour le logement et le petit-déjeuner de 76,60 € par jour à Paris et dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, de 56,80 € par jour dans les autres départements de métropole. Ces montants valent pour les trois premiers mois et sont revalorisés chaque 1er janvier.
Que devient l’indemnité quand la mission dépasse trois mois ?
Selon l’Urssaf, les montants sont réduits de 15 % à compter du premier jour du 4e mois, puis de 30 % à compter du premier jour du 25e mois. Selon l’arrêté du 4 septembre 2025, article 5, cette durée s’apprécie sur un même lieu de travail, et l’employeur ne peut bénéficier de la déduction pour les périodes d’affectation au-delà du soixantième mois.
Faut-il des justificatifs pour une allocation forfaitaire de grand déplacement ?
Dans les limites d’exonération, l’Urssaf indique qu’aucun justificatif des dépenses n’est nécessaire, l’employeur devant seulement démontrer leur caractère professionnel. Selon le BOSS, l’employeur justifie aussi que le salarié ne peut regagner chaque jour sa résidence et qu’il engage, de ce fait, des frais de double résidence.
Si la mission concerne une recrue encore en période d’essai, notre article sur loger un salarié en période d’essai passe en revue les options. Le dossier entreprises rassemble nos guides sur le logement des salariés en déplacement. Le bail au nom du salarié et le logement mis à disposition sont décrits, sous l’angle des avantages en espèces et en nature, dans loger un salarié : tout savoir sur son fonctionnement.